Le desert du reel Tome 3

Que ferais-je quand tout brûle ?

Le désert du réèl  // Tome 3
Au charbon... D’abord la traversée monotone
de la cite ouvrière, croulant sous une tonne
d’absurdes rêves qui bientôt seront oubliés.
Ville-rue trop vite traversée, reste à longer 
le ruisseau étroit chariant sa rouille sang
A travers terre, ravinant, souillant, polluant
tout. Nous finirons bien par rouiller, par vieillir
au milieu de ruines assombrissant l’avenir
d’un passé cruellement banal, vulgaire, sans gloire,
hagards cadavres anthracites victimes du lavoir
D’une ville industrielle minable et crevée
de chaleur. Ne s’éternisent que d’étranges formes:
ces squelettes de pierre et de fer, claudiqueurs 
d’une lenteur infinie traversant ce vaisseau,
ce tombeau, engoncés dans leur inerte torpeur.
Dis-moi, s’il te plaît, que ferons-nous lorsque tout
aura brûlé ? Lorsque ne resterons pour nous
que décombres à aimer ? Les grilles toujours fermées 
de l’usine niant notre envie d’y retourner. 
Qui peut encore lire dans cette tôle fatiguée ?
Déceler les détails de ces vies dévorées,
faites de silicoses et de profits records
d’inutiles sacrifices et d’anonymes morts ?
Ce serait en vain : le temps grignotera tout,
Poussant son oeuvre de dislocation jusqu’au bout.
Reliques motorisées, prisonnières de ces murs
Promesses de liberté, aussitôt enterrées
Mes gestes trahissent la peur que j’essaye de chasser :
Que s’étende à mon coeur cette immense brûlure
Que ferons-nous de ces canapés éventrés,
De ces bibelots metalliques meublant d’épaves
La demeure oubliée de nos mains abimées ?
Les vers mêmes finiront par déserter les lieux
déçus, saisis par le manque de chair à ronger.
Seuls et tranquilles flotterons les souvenirs
Des jours où nous rêvions avec force de mieux vivre.
A travers une fenêtre d’où ne sort aucun cri 
Un soleil, indifférent, lèche avidement     
Le néant de poussière qui étouffe toute vie. 
 
Nous avons brulé ce que nous avons adoré,
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 nous continuerons à adorer ce que nous avons brûlé. 
 
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